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Jeudi 7 juin 2007
J’ai toujours été fasciné par les histoires qui touchent à la survie de l’homme. Plus jeune, je me rappelle avoir lu un reportage dans un magazine qui parlait de ces hommes dans la Cordillère des Andes qui avaient dû se nourrir de la chair des leurs compagnons après un crash aérien. L’un deux racontait comment ils découpaient la chair à travers la neige qui avait recouvert les corps, pour ne pas reconnaître leurs camarades. Jusqu’au jour où il sut qu’il mangeait sa femme grâce au vernis à ongles de la main qui dépassait de la couche de neige.
Des histoires comme celles-ci il y en a des dizaines, plus courantes qu’on ne le croit. Elle démontre la capacité de l’homme à mettre en stand-by ses principes, sa moralité et ses émotions quand il s’agit de sa propre survie. Bien sûr, les plus faibles ne sont pas capables de ce sacrifice, mais logiquement ils meurent les premiers.
Mourir et rester intègre ou vivre avec le fardeau de ses actes, c’est ce que j’avais proposé à Jen. Et malgré le fait que Jen ait été auparavant une fille douce et sortant à peine de la tendresse de l’adolescence, elle avait fait le choix de la vie. Le choix le plus difficile qui soit.
 
J’avais laissé Sael et Jen toute la nuit sans leur bâillon. Je savais que je n’avais rien à craindre. Premièrement parce que le coin est tout à fait désert. Deuxièmement parce que Jen est résignée et qu’elle a l’espoir de survivre, elle sait que ce n’est pas crier qui la sauvera. Et elle ne laissera pas Sael crier et compromettre ses chances de survie.
Pourquoi j’ai fait ça ? Simplement pour qu’ils se parlent. Ce genre de situation crée des liens très forts. Un peu comme ces candidats des émissions de télé-réalité qui pleurent ou rient pour un rien, et qui se sentent comme frères et sœurs après trois jours passés ensemble. Stress, promiscuité, isolement, je comptais sur ces éléments pour créer une relation entre eux.
 
Quand je suis entré dans le garage, ils somnolaient tous les deux mais se sont vite réveillés. Autant les chiens vous font la fête quand vous rentrez à la maison, autant ceux-là se mettent systématiquement à chialer. Ca en serait presque vexant…
 
Sael a commencé à me parler, me dire qu’il ne me connaissait pas, qu’il avait rien fait, qu’il comprenait pas etc. ta ta ta…T’es qui pour te proclamer « diffuseur de tendance » ? T’es qui pour t’ériger en donneur de leçons ? Hein ? Je lui ai remis son bâillon. Ca se passe entre Jen et moi.
 
Je lui ai demandé si elle se rappelait ce dont nous avions parlé hier. Elle m’a dit oui. Je lui ai dit, tu vois ce gars, c’est lui ou c’est toi, sa vie ou la tienne. Si tu veux garder la tienne, prend la sienne. Elle a invoqué Dieu. Comme si Dieu avait quelque chose à voir là-dedans, comme si par magie il allait les faire disparaître et les ôter à mon plaisir… j’ai rien dit, je l’ai juste laissée se faire à l’idée.
Tous les deux, on regardait Sael. Il hurlait à travers son bâillon, il la regardait fixement les yeux injectés et plein de larmes. C’était sa façon de la supplier.
On est restés comme ça tous les trois cinq bonnes minutes. C’est long cinq minutes. Puis elle a levé les yeux vers moi. Ca voulait dire qu’elle acceptait.
 
Alors je suis allé chercher un couteau. Je lui ai pris le poignet et l’ai placé dans sa main. Sans lui lâcher le poignet, pour éviter qu’elle ne tente un geste désespéré, j’ai soulevé le t-shirt de Sael dont la vessie venait de se vider sous l’effet de la peur.
Je me tenais derrière Jen et je lui ai murmuré : profite de cette expérience. J’ai avancé la lame vers le ventre de Sael, et à ma surprise c’est Jen qui enfoncé la lame dans la chair.
 
Une fois l’épiderme passé la lame a été comme aspirée par les entrailles. Puis un filet de sang a coulé le long du ventre. Tous trois étions absorbés par ce spectacle…chacun pour différentes raisons.
La mort de Victor avait quelque chose de propre, quasi clinique. Là c’était mon premier contact avec le sang d’un homme, sa peur. Il n’y a pas de mots pour décrire ce que j’ai éprouvé. Par trois fois on a rentré et sorti la lame. Lentement. Il n’y avait pas de folie dans ce que nous faisions. Nous vivions une expérience personnelle, intime, presque un voyage spirituel.
 
J’ai lâché le poignet de Jen, et me suis éloigné. Le visage de Sael devenait blanc, il ne criait plus. J’ai dit à Jen de mettre fin à ses souffrances. Je crois que Jen était en état de choc car son visage n’avait plus la moindre expression. Ses gestes étaient ceux d’un robot. Elle a juste planté le couteau dans la gorge de Sael et n’a même pas bronché quand le sang qui jaillit du cou lui a éclaboussé le visage. Le couteau lui a glissé des mains et elle est allée s’asseoir sur le matelas.
Par 114117 - Ecrire un commentaire
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Commentaires

SUper mais j'espere que l'on ne va pas tomber dans une parodie de saw pour les prochains meurtres : tuer des autres pour sauver sa peau c'est du déja vu!
A part ça, total respect.... entre psychopathes faut bien se soutenir.....

Commentaire n°1 posté par 208490 le 08/06/2007 à 20h36
Tout d'abord, indéniablement l'écriture est le point fort de ce blog et de l'histoire de la vie du serial killer dans son ensemble.

Mais c'est vrai que l'histoire est parfois emprunte de clichés : comment expliquer que le serial killer réagisse à la fois à des pulsions tueuses et d'un autre côté, se retrouve à planifier des schémas de détention de l'ordre du garage (endroit extrêmement banal pour emprisonner des serial victimes)...

Un serial killer en soit ne laisse que très rarement une "chance" à ses victimes de leur prouver une certaine gratitute en "faisant le sale boulot" comme l'a fait Jen, sauf dans le cas où il s'agit de créer un réel enthousiasme autour de la mort, et faire de Jen une future adepte de votre personnage 114117.

Autre question, que représente 114117 ? Ce serait sympa d'en dire peut-être un peu plus, car qu'on le veuille ou non, les chiffres ont toujours une signifaction, soit pour le personnage, soit pour l'auteur...

Le côté du froid du récit par contre entre tout à fait dans le cadre du personnage, le côté "émotionnel hardcore" (pas forcément le courant punk dont il est question sur okcowboy) est omniprésent où on s'émeut du pire, et non pas du meilleur... Je doute que Jen s'en sorte vivante, mais elle sera sans nul doute le fil conducteur de la suite de l'aventure pour faire la "sale besogne"...

En attendant le futur épisode :)
Commentaire n°2 posté par Michael le 08/06/2007 à 02h31
Commentaire n°3 posté par Amstramgram le 08/06/2007 à 01h56
C'est magnifiquement écrit, plus je lis plus j'aime !
Commentaire n°4 posté par FleX le 07/06/2007 à 23h39

Ce qui m'a le plus frappé dans cet extrait, c'est l'assurance froide du meurtrier face à ses otages. Paradoxalement, je me prend a me placer du coté du tueur. Hoho.

Commentaire n°5 posté par Louna le 07/06/2007 à 22h49

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Ce blog est une fiction.
Sauf mention explicite,
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