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Mardi 5 juin 2007
J’avais noté l’heure à laquelle on s’était croisé pour la première fois à la machine à café. Je me suis rendu compte qu’elle aussi : dès le lendemain on s’y est retrouvé. Julie, ma brune piquante a dû être intriguée par mon audace et ma nouvelle attitude parce que sa façon de me regarder a changé.
Les femmes savent instinctivement quels hommes il leur faut. Bien sûr il y a cette tendance à reproduire le schéma familial en particulier celui de la mère, ou au contraire faire l’opposé, mais il y a surtout notre héritage animal : quel mâle pourra me permettre de transmettre au mieux mon patrimoine génétique à ma progéniture ? Car il n’est que question de ça : conservation de l’espèce et procréation. Et ce genre de nanas ne demande que ça : un mâle dominant.
Quelques minutes après mon retour au bureau elle m’envoyait un mail avec simplement son numéro de portable, son adresse et « 22h chez moi »…Ca n’était clairement pas une invitation à dîner et ça me convenait très bien : j’avais le temps de repasser au garage.

J’ai trouvé Jen dans un état pitoyable : elle avait du passer pas mal de temps à pleurer car son visage était couvert de mascara qui avait coulé et elle avait de la morve séchée sur les lèvres. Je me suis moi-même fait le reproche d’avoir oublié certains détails pratiques : la pièce sentait la pisse. Quand j’ai ouvert la porte elle s’est tournée vivement dans ma direction et son regard était plein de terreur. Elle s’est remise à sangloter à travers son bâillon. Je lui ai promis de ne pas lui faire de mal si elle se taisait. Elle a été bien sage. Heureusement pour elle, car je n’avais vraiment pas envie d’être obligé de la frapper à nouveau. Je lui ai fait bouffer une boîte de cassoulet froid qu’elle avait du mal à avaler à travers ses sanglots. Quand elle a vu que je m’apprêtais à repartir elle m’a supplié de ne pas la laisser seule.
C’est drôle non ? 5 minutes avant elle mourrait d’effroi et là elle voulait que je reste avec elle…

Je me suis pointé chez Julie à l’heure convenue. Je m’étais pas trompé on n’était pas là pour manger. Le canapé lit de son studio était déplié, une bouteille de vin débouchée sur la table de l’unique pièce. La discussion qui a suivi n’a été qu’un prétexte et une mise en bouche pour la suite, une discussion pleine de sous-entendus. Puis on a baisé. Ouais, on n’a pas fait l’amour, on a baisé. La baise pour la baise, la réponse à un besoin primaire, celui de satisfaire nos corps.

Et pendant que je la baisais je pensais à Victor, je pensais à Jen et au sol souillé du garage, à ma mère qui devait regarder une émission débile à la télé. J’ai réalisé que je venais enfin de tirer un trait sur l’héritage de mon père : la faiblesse. La faiblesse d’un mari qui avait toujours fermé les yeux sur les infidélités de sa femme, la faiblesse d’un père qui avait préféré s’effacer au profit de son fils, la faiblesse d’un homme qui avait préféré se pendre en prison plutôt que d’assumer son choix.

Julie est venue se coller contre moi, le souffle court et le corps moite de nos ébats. La vie est en fait si simple, il suffit de se montrer fort et sans pitié.
Par 114117 - Ecrire un commentaire
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