Vendredi 25 mai 2007
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19:04
C’est pas le fait que la bouffe ait été dégueu qui me dérange. Je m’attendais pas à ce qu’elle se mette en quatre pour moi. Ni l’impression d’étouffer
dans son minuscule appartement, deux pièces et une seule fenêtre. Ce qui me dérange c’est son silence. 20 ans qu’elle ne m’adresse quasiment plus la parole. Bonjour t’as une sale mine rien de
neuf j’ai été malade, la météo. Que des banalités. Une bise du bout des lèvres pour seul témoignage d’affection. Deux étrangers l’un en face de l’autre. Mais je continue à venir la voir. Et elle
continue à me recevoir. On assume chacun notre rôle social, celui de mère et de fils. Elle m’a jamais battu, jamais engueulé, j’ai jamais manqué de rien. Mais de l’affection, jamais eu depuis que
papa est en prison. J’aurais préféré qu’elle me casse la gueule toutes les semaines si en contrepartie elle avait pu me prendre dans ses bras.
On n’en a jamais parlé. J’ai jamais pu aborder le sujet, lui dire que c’était un accident, que j’ai pas voulu que papa prenne pour moi. Je voudrais pouvoir lui dire que j’avais juste voulu faire
taire une gamine qui bavait sur ce que j’avais de plus cher : elle. Maintenant c’est comme ça, et ça changera pas.
De toute façon, même si on en parlait, le lien est rompu. On est comme ces voisins qui se croisent tous les jours, toute une vie, et qui s’ignorent parce que l’autre enfoiré a un mur qui bouffe
de 50 cm sur son terrain, bordel mais non j’ai fait selon les plans de la mairie….
Voilà comment ça se passe toutes les semaines. Ca me fout toujours le cafard, je me sens comme une merde après.
Mais pas aujourd’hui. Parce je l’ai trouvé celui qui sera l’instrument de ma revanche sur la vie, celui qui aura l’honneur de donner sa vie pour servir ma cause.
Aujourd’hui tout va bien. En plus il fait beau dehors.
Par 114117
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